03 décembre 2015

Le droit d'être en colère

Depuis vendredi 13 novembre j'essaie d'écrire, de m'écrire, de m'écrier, de crier... mais les mots en déroute fuient devant ma colère.

Il faut pourtant que je parvienne à exprimer mes sentiments toujours englués par la sidération, d'abord pour canaliser ma colère afin de l'orienter vers une création qui dira à ma place ce que je n'ai pas fini de ressentir, puis pour commencer la sculpture qui se dessine peu à peu.

Je n'étais pas à Paris ce jour là, mais ce jour là je suis tombée

Je ne connaissais aucune des victimes blessées ou assassinées et c'est l'humanité que je pleure

Ensuite, je n'ai pas allumé de bougie, sa flamme est trop frêle sous le vent mauvais.

Aujourd'hui je regarde, consternée, les donneurs de leçons se vautrer dans la lâcheté et le déni d'une réalité à laquelle ils préfèrent l'orgasme d'une érection présidentielle.

- Je suis en colère !

Assez d'entendre ânonner la formule magique d'une république en haillons :

"Liberté-Egalité-Fraternité" sont devenus la tétine du peuple que l'on veut empêcher de hurler.

Liberté ? Pour rêver qu'elle existe ?  - Colère !

Egalité ? Pour unifier toutes les injustices ?  - Colère !

Fraternité ? Pour embrasser ceux qu'on dégoûte ?  - Colère !

Vous pourrez l'écrire un million de fois votre formule, et pendant que vous l'écrirez, ceux qui rêvent d'un monde à genoux se repaîtront du sang dont ils aiment le goût, se drapperont du noir dont ils couvrent leur butin, se prosterneront devant le néant qu'ils vénèrent plus que la vie.

- Colère !

Ils n'ont pas vu ces fossoyeurs de l'humanité, ces coupeurs de têtes, ces linceuls étriqués qui entraînent les enfants vers l'abîme, qu'ils exécutent leur danse macabre sur une terre agonisante ?

Alors qu'ils nous laissent sauver la planète tant que l'on peut encore le faire et qu'ils crèvent tous  !